Appel à communications

La réflexion sur l’apprenant a toujours suscité l’intérêt de la communauté scientifique dans différentes disciplines (Biologie, Physique, Psychologie, Neurosciences, Sociologie, Sciences cognitives, Sciences de l’Éducation, etc.). De nombreuses études ont contribué à l’enrichissement de la compréhension de l’apprentissage tout en envisageant de nouvelles perspectives de recherches.

Jan Amos Komenský (Coménius), fondateur de la Didactique, affirmait dans son ouvrage La Grande didactique ou l'art universel de tout enseigner à tous (1627-1632) que tout un chacun « a intérêt à apprendre, en spectateur mais aussi en acteur, ce qui est et advient, les fondements, les causes et les effets de tout ce vaste monde1. »

Dans le domaine de l’apprentissage des langues, l’auteur mettait aussi en exergue la nécessité d’apprendre plusieurs langues et ce pour la raison suivante : « Au lieu d’une seule langue, il nous faut désormais en apprendre plusieurs si nous voulons nous instruire, échanger des idées ou lire les auteurs disparus. » (ibid., 70)

Près de quatre siècles plus tard, avec le développement des Sciences humaines et sociales, en 2001, le Conseil de l’Europe accordera également de l’importance à l’action et fera de cette prémisse le fondement théorique de sa méthodologie, qui sera préconisée pour l’enseignement-apprentissage des langues en Europe : la méthode actionnelle. Selon cette approche, les apprenants font partie « des acteurs sociaux ayant à accomplir des tâches (qui ne sont pas seulement langagières) dans des circonstances et un environnement donnés, à l’intérieur d’un domaine d’action particulier2. »

L’enseignant et l’apprenant sont, dans cette perspective, réciproquement impliqués et représentent tous les deux une synergie en mouvement constant lors de l’acquisition-apprentissage de connaissances, de compétences, d’attitudes et de valeurs.

L’équipe d’accueil LIDILE EA 3874, Linguistique - Ingénierie - Didactique des langues, propose de réfléchir à ce que le terme d’« apprenant » recouvre (rôle, place, identité, interactions, etc.) quels que soient le contexte et l’âge d’apprentissage. Ce colloque international plurilingue et transversal s’adresse aux enseignants-chercheurs de disciplines telles que les Sciences du Langage, les Sciences de l’Éducation, la Sociologie, la Psychologie, la Cybernétique, la Traductologie, entre autres, aussi bien qu’aux enseignants et praticiens de langues diverses.

Le colloque souhaite ainsi réunir les différents points de vue et croiser les perspectives selon trois axes :

 

1. Didactique des langues

Depuis Coménius, suivi par Jean-Jacques Rousseau (1712-1778), Johann Pestalozzi (1746-1827), Friedrich Fröbel (1782-1852), Jean Piaget (1896-1980), entre autres grands pédagogues, les fondements théoriques pour la recherche du rôle et de la place de l’enseignant et de l’apprenant dans le processus d’enseignement-apprentissage ont été solidement établis.

La place de l’apprenant comme centre de toute démarche pédagogique se consolide au XXe siècle, notamment avec l’approche actionnelle proposée par le Conseil de l’Europe en 2001. On passe d’un enseignement-apprentissage centré sur les démarches propres à l’enseignant, aux contenus et aux ressources (de la fin du XVIIIe au début du XXe siècle) à celui qui veille sur l’intérêt et les besoins de l’élève (fin de XXe jusqu’à l’époque actuelle). À l’ère numérique, quelles sont les nouvelles questions que pose l’apprenant ? À quels défis est-il confronté ? Quelles perspectives la recherche en didactique des langues doit-elle envisager ?

Dans ce contexte, les communications pourront examiner :

  • l’apprenant et son histoire (ex. : L1, bagage socio-culturel, stratégies d’apprentissage, facteurs de motivation) ;
  • l’évolution de la place et du rôle de l’apprenant dans l’enseignement des langues (ex. : autonomie, émotions, vécu, apprenance3) ;
  • les compétences de l’apprenant : définition, acquisition, évaluation.
  • l’évolution de la place et du rôle de l’enseignant dans l’apprentissage ;
  • les spécificités des ressources pédagogiques et didactiques pour la production de différents types d’apprentissage (cognitif, moteur, affectif, etc.) ;
  • les effets de l’usage des TICE (Technologies de l'information et de la communication pour l’enseignement) dans l’apprentissage, notamment dans la mise en pratique effective d’une pédagogie réellement différenciée ;
  • les perspectives professionnelles offertes à l’apprenant en langue étrangère ;
  • l’incidence de l’apprentissage de la culture sur l’apprenant dans l’enseignement des langues.

 

2. Linguistique appliquée

Dans cet axe de recherche, il conviendra d’articuler recherches en linguistique et processus d’apprentissage. Plus particulièrement, les communications pourront :

  • actualiser la notion d’interlangue de l’apprenant en interrogeant le rapport aux normes, les erreurs, les stratégies, la place des autres langues ;
  • questionner la constitution et l’exploitation de corpus d’apprenants (langue générale/langue de spécialité/langue seconde/langue de scolarité) : genre, outils, finalité, dissémination ;
  • interroger le lien entre la linguistique de l’oral et le développement de perspectives didactiques de la compréhension et de la production orale ;
  • faire émerger le développement d’outils linguistiques d’exploitation de corpus pour la didactique des langues.

 

3. Traduction, terminologie et rédaction technique :

Tout traducteur, interprète, terminologue, réviseur ou rédacteur peut être défini comme un « éternel apprenant » dans la mesure où, quel que soit son degré de spécialisation, il est constamment confronté à des domaines pointus, à de nouveaux produits et à des formulations originales dans les documentations afférentes. Le traducteur doit alors trouver les solutions et les compromis les mieux adaptés à son public.

Il sera donc pertinent de s’interroger sur l’usage des ressources et outils linguistiques que font les apprentis traducteurs/rédacteurs et les professionnels accomplis de la traduction/rédaction. En d’autres termes, on pourra tenter de répondre aux questions suivantes :

  • les professionnels, les futurs professionnels et les apprenants font-ils les mêmes usages de ces ressources et outils ? En privilégient-ils certains ?
  • combien en utilisent-ils, et dans quelles proportions, pour obtenir l’assurance recherchée ?
  • comment parviennent-ils, si tant est qu’ils y parviennent, à équilibrer le doute absolument nécessaire et l’assurance indispensable aussi à l’efficacité ?
  • sur quelles connaissances métalinguistiques et sociolinguistiques peuvent-ils s’appuyer ?
  • quels rôles jouent les outils et ressources utilisés dans leurs échanges avec leurs collègues, clients, partenaires ?
  • quel usage font les enseignants de traduction de ces mêmes outils et ressources dans leurs échanges avec les apprentis traducteurs ?


1 Jan Amos Komenský (Coménius) (1992 [1627-1632]). La Grande didactique ou l'art universel de tout enseigner à tous, Paris : Éditions Klincksieck. p. 85.

2 Conseil de l’Europe (2001). Cadre européen commun de référence pour les langues. Apprendre, enseigner, évaluer, Paris: Les Éditions Didier. p. 15.

3 Carré, P. (2005). L’apprenance, vers un nouveau rapport au savoir, Paris, Dunod.

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